Couper les ponts
Et en discuter sur Internet
Mercredi dernier, j’écoutais l’émission de radio Points de repère et la journaliste Malia Kounkou a commencé à parler de la montée du phénomène “no contact” sur les réseaux sociaux, soit le fait de parler de couper les ponts avec des gens proches de soi et de partager son expérience publiquement.
La veille, je publiais une vidéo TikTok où on me voit faire des faces de personne pas très convaincue avec la mention : Quand je pense à toutes les phrases que mon père m’a dit et qui n’auraient jamais de chances de se retrouver dans le “Naitre et grandir”.
Alors, je me suis sentie légèrement interpellée :)
Je n’ai pas tant partagé sur le fait de ne pas avoir parlé à mon père pendant 15 ans sur les réseaux. Quelques storys, des allusions sur des posts de Fête des pères et ce texte sur Substack.
Je pense qu’il est important que ça se sache qu’il est possible d’exister dans un monde sans contact avec un ou des membres de sa famille. Et que nous ne sommes pas de complets weirdos pour avoir couper le contact.
En tant que grande fan de shows de dating en tout genre, ça me fait hurler quand j’entends des gens se rencontrer et parler qu’une de leurs grosses valeurs c’est la famille et que c’est un green flag d’être proche d’elle. Que c’est mal vu de ne pas parler à quelqu’un dont on est relié par le sang.
Quel privilège d’avoir grandi dans un environnement sain où, si on prend pour acquis que tout le monde est encore vivant, tu as envie de souper en famille fréquemment, où ta mère c’est ta meilleure amie, que ton père pleure de fierté devant tes accomplissements et que vous êtes à deux doigts de faire des photos de famille habillés en jeans et t-shirts blancs.
Hey, j’aimerais ça moi aussi vivre ce beau rêve et probablement qu’on est une trâlée de gens blessés qui voudraient vivre ça aussi.
Mais ce n’est malheureusement pas toujours un choix que l’on fait soi-même que d’avoir à dealer avec tout ça.
Ma situation familiale est particulière et ne plus parler avec mon père n’allait pas faire de grand changement dans ma vie quotidienne. On se voyait déjà rarement, moi et lui. J’ai quand même consacré des milliers de dollars en thérapie à gérer ma colère face à la raison de cette coupure puis à me demander si j’étais en paix avec le fait de ne pas avoir de père dans ma vie (la réponse est oui) et depuis 2025, à me demander si j’étais ok avec le fait qu’il meure sans qu’on se soit reparlés.
Quand j’ai fini par lui écrire cet automne parce que je pensais qu’il était sur sa fin, je n’ai pas vécu de moments dignes de Hollywood où le père demande pardon en voulant finir sa vie dans la paix.
Nope.
(D’ailleurs, je croyais que les films m’avaient seulement vendu des rêves romantiques, j’ai réalisé qu’on m’a aussi vendu le rêve d’un parent malade et/ou mourant qui demande pardon)
J’ai plutôt eu droit à un email passablement terrible auquel je n’ai pas répondu. Pas répondu car il m’a semblé vain de répondre à un narcissique de 81 ans.
Jusqu’à ce qu’il me réécrive la semaine dernière, hors de nulle part, parce qu’il était tombé sur une lettre que j’avais écrite il y a 20 ans et que soudainement il avait une folle envie de m’en parler. De me parler qu’il ne reconnait pas la violence dont il est accusé tout en écrivant des propos violents à mon égard…
Pas des menaces, ne vous inquiétez pas. Mais des phrases vraiment troublantes.
Encore une fois, il me prouve, hors de doute, que d’avoir été “no contact” avec lui est la meilleure décision que j’ai prise pour moi.
Si j’avais choisi de ne pas répondre l’automne dernier, cette fois-ci, je compte le faire.
Il est plutôt rare que je vois des gens dire sincèrement tout ce qu’ils pensent d’eux à leurs parents alors j’ai décidé de le faire parce que je n’ai absolument rien à perdre. D’asseoir mon père dans un coin et de lui crier dessus pendant quelques paragraphes. De mettre en gras toutes les aberrations qu’il a pu me dire et m’écrire dans ma vie et de l’obliger à les lire. Je sais qu’il va tout lire parce qu’il va essayer de trouver une craque pour pouvoir se défendre encore et encore. Comme à chaque lettre et chaque email.
Moi, je veux juste me libérer de tous ses non-dits qui m’habitent en sachant qu’au bout de tout ça, il n’y aura toujours pas de rédemption, de retrouvailles au ralenti et d’images de livre qui se referme sur une belle histoire comme dans un film.
Bref.
Je participe donc aujourd’hui à cette montée des discussions sur le “no contact” avec vous.
En espérant que vous n’ayez pas à vivre ça et/ou que vous puissiez le vivre sans honte.
<3
Sur la route vers le chalet de mon père en 2009. Ça sera la dernière fois que j’y irai.
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Comme dans bien des situations, la honte doit changer de camp et des témoignages authentiques comme le tien aident beaucoup. J'aimerais valider que ça peut aussi être les mères qui sont violentes. Bonne soirée!
Semi no contact avec un père Alcolo, vulgaire et violent. J'ai toléré beaucoup de choses pour que les gens trouvent pas ça triste pour lui que ses filles ne le voient pas souvent. Un jour il a humilié mon fil pour la blague et le lien s'est coupé net. J'irai un jour à ses funérailles pour m'assurer qu'il est bien mort. Entre-temps, je réponds pas aux appels si j'ai pas envie, je commente pas ses commentaires pas rapport sur Facebook et mes enfants l'ont bloqué. On est pas complètement no contact mais presque. Je le garde à distance parce que cette relation ne m'apporte rien et je n'ai plus de larmes à pleurer pour le père qu'il ne sera jamais.